Quatre situations, quatre priorités. Quand choisir le SEO ou le SEA

Dans le premier article de cette série, nous avons posé pourquoi opposer SEO et SEA mène rarement à une bonne décision.

Les deux canaux ne répondent pas à la même question, et la vraie interrogation n’est pas « lequel des deux », mais « où en êtes-vous, et qu’est-ce que ça implique ».

L’essentiel

– La vraie question n’est pas « SEO ou SEA », mais « quelle est votre situation ».
– Avant d’investir, mesurez quatre chiffres. Trafic organique de vos pages services, part de marque, CTR moyen, source réelle de vos leads.
– Quatre situations, quatre priorités. Business établi, nouveau service, creux saisonnier, marque attaquée.
– Combiner n’est pas toujours pertinent. Petit budget, pas de mesure ou pas de bras pour analyser, mieux vaut un seul canal bien mené.

C’est exactement ce que nous traitons ici.

Quand un dirigeant nous demande par quoi commencer, nous ne donnons jamais de réponse toute faite.

La plupart du temps, ceux qui veulent des résultats rapides ont raison de regarder d’abord du côté de la publicité (SEA). Mais la publicité coûte nettement plus cher qu’une bonne structure organique, et elle ne construit rien sur le long terme.

Tout dépend du profil. Avant de choisir un canal, il faut donc savoir lire sa propre situation.

Cet article est organisé en trois temps:

  1. D’abord, une méthode simple pour mesurer où vous en êtes avant tout investissement.
  2. Ensuite, quatre situations concrètes que nous rencontrons chez les prestataires de services suisses, chacune avec sa priorité.
  3. Enfin, les cas où vouloir combiner les deux canaux est une mauvaise idée.

Avant de décider, mesurez où vous en êtes

La plupart des décisions entre SEO et SEA se prennent sans base factuelle.

Par habitude, parce qu’une agence avait orienté dans un sens, ou parce qu’un concurrent fait du bruit.

On ne peut pas piloter ce qu’on ne mesure pas, et les deux canaux interagissent davantage qu’on ne le croit.

Consultant SEO qui regarde un dashboard sur son ordinateur portable

Observation terrain. Un prestataire IT spécialisé Microsoft 365 nous confie un mandat. Il travaille depuis des mois avec un freelance Google Ads, les reportings sont positifs. En croisant Analytics et Search Console, nous constatons que son trafic organique a chuté depuis le lancement des campagnes. Les annonces ne créaient pas de demande nouvelle, elles rachetaient des clics que le site captait déjà gratuitement en première position. Nous avons retravaillé les campagnes avec le freelance, arrêté les enchères sur les mots-clés déjà premiers en organique, et les deux canaux ont retrouvé des rôles complémentaires.

Avant de recommander quoi que ce soit, nous établissons un état des lieux en quatre temps.

  1. Entretien. Comprendre l’historique. Quelles agences avant, quels canaux activés, et l’écart entre le ressenti du client et la valeur réelle.
  2. Bilan trafic et conversions. Isoler les vingt pour cent d’activités qui produisent quatre-vingts pour cent des résultats.
  3. Marque vs hors marque. Les conversions sur le nom de l’entreprise sont légitimes, mais elles mesurent une notoriété acquise, pas l’efficacité d’une acquisition.
  4. Audit des pages de services. Priorité aux requêtes commerciales hors marque et à leur adéquation à l’intention de recherche.

De votre côté, quatre chiffres méritent d’être connus avant même d’aller voir un prestataire.

  • Trafic organique des pages de services sur douze mois. Pas la home, pas le blog.
  • Part des conversions venant de la marque. Elle dit si votre acquisition repose sur du neuf ou sur votre réputation.
  • CTR moyen dans la Search Console par type de requête. Il révèle si vous êtes vu sans être cliqué.
  • Source réelle des leads signés sur six mois. Bouche-à-oreille, SEO, SEA, LinkedIn, événements. C’est souvent là que les surprises apparaissent.

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Quatre situations typiques chez les prestataires de services

Le cliché habituel oppose la jeune entreprise à la société établie. C’est trop grossier pour décider. Dans la pratique, nous rencontrons surtout quatre situations, et chacune appelle une priorité différente.

Situation 1. Business établi qui vit de la recommandation.

C’est une configuration très fréquente en Suisse.

De belles sociétés, une vraie réputation, un business qui tourne presque entièrement au bouche-à-oreille. Chaque nouveau client arrive par le réseau ou par un ancien client, et ça fonctionne.

Il n’y a rien à corriger là-dedans, c’est un acquis. La fragilité est ailleurs, dans la concentration. Si un commercial-clé part ou qu’une source de recommandation se tarit, le cycle de vente long de six à douze mois laisse peu de marge pour réagir.

Pour ce profil, la priorité est le SEO.

Ces entreprises n’ont pas besoin d’un gros volume de leads sur un mois, elles ont besoin de continuité.

Le SEO se construit avant qu’on en ait besoin. On travaille la notoriété et, surtout, le fait que le site devienne une référence pour Google sur le métier.

Ainsi, quand un prospect se renseigne sur l’entreprise ou sur ses services, il trouve un contenu solide qui confirme la réputation que le bouche-à-oreille a déjà installée.

Le SEA reste un complément ponctuel, sur les quelques mots-clés trop concurrentiels pour être gagnés en organique à court terme.

Situation 2. Nouveau service sans visibilité organique.

Une entreprise lance une offre, parfois un pilier stratégique, parfois c’est un indépendant qui démarre.

Aucune page, aucune autorité, aucun classement. À l’inverse de la situation précédente, il faut du business rapidement.

La priorité est le SEA, le SEO en parallèle.

La publicité génère des résultats dès les premières semaines et permet de tester les angles qui parlent au marché.

Le SEO, lui, prend du temps. Du temps pour que Google identifie le site comme une source fiable, du temps pour produire le contenu.

Lancer une campagne se fait en quelques jours, construire une autorité organique prend des mois.

On démarre donc sur le payant, mais sans s’y rendre dépendant.

En parallèle, on bâtit la page de service et le contenu qui pérenniseront cette visibilité. Quand le SEO prend le relais, le budget publicitaire se réduit ou se réoriente.

Bureau d'une startup qui travaillent sur les stratégie de marketing digital

Situation 3. Creux saisonnier ou conjoncturel.

Le pipeline ralentit, l’équipe a de la capacité, il faut des demandes dans les semaines qui viennent.

Certaines activités sont structurellement saisonnières, liées à l’hiver, à l’été, à un pic de demande ponctuel.

Nous avons par exemple accompagné une activité autour de la fondue, qui vit presque exclusivement quand il fait froid.

Sur ce type de besoin, le SEO ne couvre rien à l’échelle utile.

La priorité est le SEA, presque seul.

On active les campagnes au moment des creux ou en anticipation d’un pic, pour capter la demande quand elle existe.

Tenter de bâtir du SEO sur quatre à huit semaines serait du gaspillage.

En revanche, le SEO garde son intérêt en arrière-plan, sur le long terme, pour ne pas créer une dépendance totale au canal payant.

Et une fois le creux passé, ce que les campagnes ont appris sur les messages et les audiences nourrit la stratégie organique.

Situation 4. Concurrence sur le mot-clé de marque.

Elle remonte souvent quand une nouvelle personne arrive à la direction et s’étonne de payer pour son propre nom de marque.

La question est légitime.

Si le mot-clé de marque est bien le mot-clé principal de l’entreprise, le site doit évidemment ressortir en organique, et c’est presque toujours le cas.

Mais dès qu’une marque a une certaine notoriété, nous recommandons d’acheter aussi ce mot-clé en publicité.

La raison est simple.

Google Ads n’empêche pas un concurrent d’enchérir sur votre nom.

Il ne pourra pas l’écrire dans son annonce, mais il peut parfaitement le cibler.

Or les premiers résultats concentrent l’essentiel des clics.

Selon une analyse de plus de quatre millions de résultats de recherche menée par Backlinko (article en anglais), plus de la moitié des clics organiques se concentrent sur les trois premières positions.

Si l’un de ces premiers résultats est un concurrent qui a acheté votre marque, ce sont des clics, voire des leads, qui partent ailleurs.

Observation terrain. Lorsque je pilotais la stratégie de marketing digital au sein d’une grande entreprise, une discussion interne a remis en cause les campagnes sur notre propre nom de marque. Personne ne comprenait pourquoi on payait pour un terme sur lequel on était déjà premier en organique. Les campagnes ont été coupées. Du jour au lendemain, environ vingt pour cent des leads ont disparu. Le concurrent qui achetait la marque récupérait les clics avant notre résultat naturel.

Pour ce profil, la priorité combine les deux.

Le SEO pour l’autorité et le branding, le SEA pour défendre le mot-clé de marque. Le coût d’une campagne de marque est faible, car la pertinence est maximale, le Quality Score élevé et les enchères basses. C’est l’un des rares cas où le retour est positif presque immédiatement.

SituationProfilPrioritéEn parallèle
Business établi, recommandationRéputation installée, bouche-à-oreille, cycle longSEOSEA ponctuel sur KW concurrentiels
Nouveau serviceAucune visibilité organique, besoin rapideSEASEO dès le départ
Creux saisonnierCapacité dispo, demande à activer viteSEA quasi exclusifSEO en arrière-plan
Marque attaquéeConcurrent enchérit sur votre nomSEO + SEA brand

Quand combiner SEO et SEA n’a pas de sens

On entend souvent qu’il faut activer les deux canaux en même temps. Dans plusieurs cas, c’est une mauvaise idée, et le dire fait partie de notre travail.

Budget trop faible

Sous ~CHF 2’000/mois pour les deux canaux, vous diluez tout. Un seul canal bien exécuté vaut mieux qu’un mélange tiède.

Pas de bras pour analyser

Les deux canaux produisent des rapports à lire et à arbitrer. Sans personne pour le faire, ils tournent à vide. Question de bande passante, pas d’argent.

Aucune mesure en place

Sans Analytics, Search Console et suivi des conversions, vous ne détectez ni ce qui marche ni les cannibalisations. Combiner revient à dépenser le double à l’aveugle.

Pas de base SEO

Sur un site jamais optimisé, les campagnes amènent du trafic sur des pages qui ne convertissent pas. Corrigez les fondations d’abord.

La décision ne s’est jamais résumée à « SEO ou SEA ».

Elle se résume à votre situation, et à la priorité qu’elle impose. Un business établi qui vit de la recommandation ne fait pas les mêmes choix qu’une entreprise qui lance un service, ni qu’une activité saisonnière, ni qu’une marque attaquée sur son propre nom.

Avant tout, mesurez où vous en êtes. Les quatre chiffres du début de cet article suffisent à transformer une intuition en décision.

Et si votre contexte ne permet pas de mener les deux canaux sérieusement, ce n’est pas un problème. Choisissez-en un et exécutez-le bien.

Au fond, la question n’a jamais été technique. Elle est de savoir honnêtement où vous en êtes, avant de dépenser le premier franc.

Questions fréquentes

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